L’Echange de Paul Claudel

Prochaines représentations :-Le 23 juin 2012 au Château de Clermont (74)-Le 28 juin 2012 au Festival Grand Ouvert à Seynod (74)-Le 13 et 14 novembre 2012 au Thêatre Astré,Villeurbanne (69)-Le 21 mars 2013 à Chateau-Rouge, Annemasse (74)

Bande Annonce

Nouvelle repésentation

  •  Le 23 juin 2012 au Château de Clermont (74)
  •  Le 28 juin 2012 au Festival Grand Ouvert à Seynod (74)
  • Le 13 et 14 novembre 2012 au Thêatre Astré à Villeurbanne (69)
  •  Le 21 mars 2013 à Château-Rouge à Annemasse (74)

Suite de la tournée en cours d’élaboration dans la région Rhône-Alpes
Une série à Paris (75) suivra, nous sommes Actuellement à la recherche d’une structure parisienne

Note d’intention

« Quand on joue Claudel, ce qui est un cadeau c’est qu’il y a les mots de Claudel mais aussi il y a le souffle, alors quand on respire on comprend des choses de l’âme, et ça c’est bon. » Muriel Mayette, 1995.

On parle souvent d’Anton Tchekhov en évoquant des grands lacs d’émotions monotones… Pourtant parfois, on se retrouve face à une mise en scène pleine de vie, d’humour, de désespoir, qui s’empare entièrement de nous et nous bouleverse au plus profond. Ainsi lorsque j’ai assisté à la représentation D’Oncle Vania mis en scène par Julie Brochen, j’ai eu le sentiment que ma perception de la vie ne pourrait plus être la même en sortant de la salle.

Ce que j’entends dire sur Paul Claudel me fait penser à ce phénomène. On évoque souvent un texte lourd, plein de références et peu compréhensible ou réservé à une élite. En relisant l’Echange je me suis interrogé sur cette pensée commune et partagée par beaucoup. En essayant d’oublier ces préjugés je me suis retrouvé face à quelque chose de tout aussi bouleversant et vivant que le sont les pièces de Tchekhov et surtout d’extrêmement accessible. L’envie de proposer notre futur spectacle à un public à partir de 15 ans m’est alors apparu comme quelque chose de possible, et même d’essentiel.

L’Echange c’est quoi ? Quatre facettes d’une seule et même âme. Louis Laine, Marthe, Lechy Elbernon et Thomas Pollock Nageoire. C’est l’histoire de deux couples qui se rencontrent, qui s’échangent, et qui partent vers un ailleurs avec l’autre. Ainsi Louis et Lechy iront vers la mort et la déchéance, et Thomas et Marthe vers la construction d’une famille, d’un lendemain…

Qu’y a-t-il de compliqué là-dedans ?

L’Echange, c’est aussi une histoire où les sentiments se déchirent. L’amour vient se heurter à la raison, au besoin de liberté, au désir d’infidélité, au pouvoir, à la foi… Quatre personnages en même temps réels et symboliques. La présence très forte des éléments y est intégrée. Nous devrons chercher à amener le vent, l’eau, la terre et le feu sur le plateau ; ou en tout cas à donner l’impression très concrète que ces éléments sont présents et que les personnages tourbillonnent et se confrontent les uns aux autres grâce à la force du vent, de l’eau, de la terre et du feu. Par exemple Claudel indique que du linge est en train de sécher sur une corde. Il nous paraît impossible que le vent ne vienne pas s’engouffrer dans ce linge pour amplifier le mouvement de la vie.

La pièce est également toutes les parties de nous-même qui se battent entre elles pour trouver le chemin le plus juste, celui qui nous attire le plus ou celui que l’on préfère à un autre. Chacune de nos pulsions et chacune de nos pensées raisonnables sont à l’intérieur de l’œuvre. Claudel semble être le poète de la totalité qui embrasse le monde. Il nous offre sa vision en acceptant le bon et le mauvais, en considérant l’humain comme un tout complexe et non réductible.

Il y a en effet plusieurs degrés de lecture dans L’Echange et chacun avec son vécu peut s’y retrouver, s’y perdre et s’y émouvoir.

Deux versions de la pièce existent : la première que Claudel écrit en 1894, il a alors 26 ans ; et la seconde en 1951, 57 ans plus tard. Nous nous interrogeons sur la possibilité et la nécessité d’une troisième version.

Dans la première version, qui est la plus montée, Marthe est la femme fidèle et vertueuse, profonde et raisonnable, qui ne peut concevoir la proposition d’échange que fait Thomas Pollock Nageoire ; Louis Laine est le jeune homme sauvage toujours en quête d’un nouvel horizon dont le besoin de liberté est primordial ; Lechy Elbernon est l’actrice possessive, égocentrique et peut-être même machiavélique ; quand à Thomas Pollock Nageoire, il est l’homme de pouvoir qui peut tout acheter et qui ne jure que par l’argent. Il ne s’agit pas là de réduire ces personnages à ces caractéristiques, à des figures ou à des symboles, mais on peut constater qu’ils ont beaucoup moins de point commun entre eux que dans la deuxième version. Ils sont beaucoup plus bruts, sans concession.

Dans le texte de 1951, on retrouve une Marthe qui finira par accepter l’échange et par voir en Thomas Pollock Nageoire un père possible pour l’enfant qu’elle porte et qu’elle a conçu avec Louis ; Louis est beaucoup moins catégorique dans son désir de partir et on le retrouve face à ses doutes et à sa peur de la mort, il ira même jusqu’à demander à Marthe de partir avec lui ; Lechy prend du recul sur elle-même et en vient à rire de ses déclamations de la première version ; Thomas, lui, finira par laisser l’argent que Louis a oublié sur la table, peut-être finit-il par penser que l’amour qu’il peut vivre avec Marthe est plus fort que l’amour qu’il a pour l’argent ?…

En 1946, Claudel disait lui-même de la première version de sa pièce : « L’Echange est peut-être la seule de mes pièces où il ne m’ait pas paru nécessaire au cours des années d’introduire aucune modification. Les critiques sagaces n’ont pas été sans s’apercevoir que les quatre personnages ne sont que les quatre aspects d’une seule âme qui joue avec elle-même aux quatre coins. Et pardon pour la raideur des silhouettes, la brutalité des couleurs et le sans-gêne de l’apprenti dramaturge ».

Il a visiblement changé de point de vue en 1951 lorsque Jean-Louis Barrault a voulu monter L’Echange. Il a préféré lui réécrire une version alors que Barrault était très attaché à la première version. Cette deuxième version a donc été écrite en collaboration avec Barrault. Ce dernier a d’ailleurs refusé certaines des propositions de Claudel. En découvrant ces propositions, nous avons eu le sentiment qu’elles allaient encore plus loin dans la prise de recul de l’auteur par rapport à sa première œuvre. Par exemple, Thomas Pollock Nageoire ira jusqu’à brûler l’argent que Louis a oublié sur la table.

Nous souhaitons réintégrer certaines de ces propositions. Essayer de comprendre ce que Claudel voulait modifier et aller dans ce sens.

En 1951, l’année de la première représentation de L’Echange version 2, Claudel écrit à Barrault une lettre après une nuit d’insomnie. Il lui parle notamment des lettres que Marthe écrit au début de l’acte III à ses parents et au curé de sa paroisse : « Reste la question du prologue de l’acte III. Là, j’ai été lâche, je vous ai fait une concession impossible. Ce prologue déclamatoire et nostalgique (de la première version) est absolument impossible. Je sens dans la moelle de mes os ce que mon idée des lettres est excellente. Je ne peux pas céder. Je ne puis faire autrement que d’être irréductible. Je vous en prie ! Faites-moi cette concession au prix de toutes celles que moi-même je vous ai faites. Vous me dites que vous avez été surpris. C’est bon la surprise. Au théâtre le surprenant est souvent signe d’une bonne chose. Je ferai quelques coupures. Mais si vous insistez, vous me désespérerez ! Si vous y tenez, je pourrais supprimer la lettre aux parents, à mon grand regret ! »

C’est pour cela qu’il nous paraît intéressant de réfléchir à ce que Claudel voulait vraiment modifier de sa première version. Comment servir au mieux cet homme qui a le sentiment que son texte de 1894 mérite un nouveau souffle, une autre ouverture vers le public et une plus grande maturité. Quelque chose d’à la fois plus simple et plus claire, moins fatal, moins torturé et plus lucide, tout simplement plus évident. Certains analystes parlent même de bouffonnerie sur certains passages de cette deuxième version… En tous cas il nous paraît certain que Claudel a une autodérision et une légèreté en 1951 qu’il n’a pas en 1894.

La lecture de L’Echange provoque en moi un bouleversement violent et une émotion démesurée. En la transmettant, il me semble que nous partagerons un véritable souffle de vie avec notre public…

Grégorie Benoit

Distribution

Mis en scène : Grégory Benoit

Avec

  •  Lechy Elbernon :Chantal Déruaz
  •  Thomas Pollock Nageoire : Christian Taponard
  •  Louis Laine : Kamel Isker
  •  Marthe : Marie Doreau

A la technique

  • Régie Générale et son :Christian Fourage
  • Scénographie :Diane Thibault
  • Lumière :Claudine Castay
  • Dramaturgie :Thomas Mallen

Dossier du spectacle

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